Jean-François Duchamp
Jean-François Duchamp,
Maître de Chapelle
Président des Choeurs de la Primatiale
Directeur-fondateur des Petits Chanteurs de Lyon, Directeur du Choeur Mixte de la Primatiale, Maître de chapelle de la Primatiale, Président de la Fédération Française des Petits Chanteurs Pueri Cantores, Chef de choeur agréé par le Ministère de la Culture, Officier des Arts et Lettres. Acteur principal du renouveau et de la vitalité de la Maîtrise de Lyon, sa connaissance du rôle et de la place de la musique dans la liturgie en fait une référence. C'est ainsi qu'il dirigea les Journées Mondiales de la Jeunesse à Paris et le Jubile de la Jeunesse à Rome pour l'ouverture de l'an 2000. Il est Conseiller Musical de la Fédération Internationale Pueri Cantores.
Il met en place chaque année avec les choeurs de la cathédrale une grande oeuvre du répertoire classique, la Passion selon Saint-Jean de Bach, la Création et les Saisons de Haydn et cette année, une création mondiale de Marcel Godard...
La Maîtrise de la Cathédrale de Lyon : 12 siècles de tradition.
Conférence donnée par Jean-François Duchamp à l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon le jeudi 11 octobre 2007
Après un long silence, dû au séisme créé par la Révolution Française, on voit renaître les maîtrises de cathédrale. Pendant plus de mille ans, elles ont été l’âme musicale de notre pays, et, en particulier de ses églises. L’histoire de la maîtrise de Lyon est significative puisque ses origines datent de Charlemagne. Fondée en 799, elle est l'une des plus anciennes d'Europe. Mais c’est seulement depuis 1974, qu’elle écrit sa nouvelle histoire. Sous sa forme actuelle, elle est donc très récente. Quelle jeunesse dans une histoire si ancienne !
Après avoir tenté de définir le mot « maîtrise » ou plutôt celui de « manécanterie », je vous proposerai quelques éléments sur l’origine et l’évolution du chant dans la liturgie à travers la création et le développement de la maîtrise de la Cathédrale.
Définition du mot « maîtrise »
A l'origine, on emploie le terme de "manécanterie" du latin "Mane cantare", chanter le matin. (Il y avait de nombreux offices le matin, cf ci dessous). C'est seulement sous Louis XIII qu'apparaît pour la première fois le mot "maîtrise", succédant à celui de manécanterie.
Le mot "maîtrise" ou « manécanterie » a un double sens. Il désigne à la fois :
- un groupe de garçons chanteurs vivant en internat et attachés à une église importante, en général une cathédrale,
- le bâtiment dans lequel l'enseignement est dispensé à ces chanteurs.
Très souvent, dans les textes, on fait allusion au lecteur, à l'enfant de chœur. Mais une grande part de l’activité de ces fonctions liturgiques est le chant. Ensemble, ces intervenants font partie de la « Chapelle, capelle, psalette, schola … »pour ne citer que quelques termes.
L’origine des maîtrises, issues des écoles épiscopales entre le XI° et le XIV° siècle, reste encore mal connue. Un point est tout de même certain : dans la tradition de l'Eglise, elles se composent seulement de garçons, seuls autorisés à pénétrer dans le choeur avec les clercs.
2. Repères sur l'origine du chant liturgique.
Pour comprendre la période qui nous intéresse, c'est à dire à partir de l’an 800, il est nécessaire de faire un rapide retour en arrière. La nécessité de s’exprimer lors des célébrations liturgiques, catholiques ou autres, par le chant est une tradition très ancienne. L’intervention des enfants est attestée par de nombreux documents. Ainsi, des enfants ont été regroupés dans des écoles préparatoires autour des églises, sorte de préfiguration des « scholae». Certaines sont signalées dans le Liber Pontificalis sous Sixte II (257-258) et sous Gaïus (283-296) ; Par ailleurs, St Jérôme écrit : « Que les enfants entendent cela, que ceux qui chantent entendent comment on célèbre dans l’Eglise »
Dans les premiers temps du Christianisme, étant donné les persécutions, on ne pouvait pas organiser une liturgie chantée un peu élaborée, et les participants devaient se contenter de répondre au célébrant par un "Amen" solennel. Lors de l' Edit de Milan en 313, les chrétiens eurent la possibilité de chanter librement. Dans l'enthousiasme général, l'anarchie s'installa. Pour réagir à cette situation, le Concile de Laodicée en 364 stipula « que personne désormais ne chanterait à l’Eglise excepté les chantres désignés se trouvant à la tribune et chantant sur le parchemin ». Au IV° siècle, on trouve les premières interventions des enfants. Certains furent même très célèbres comme les enfants chanteurs de Carthage traînés en exil lors de la persécution vandale vers 484.
Au même moment, Paris, Chartres, Rouen… commencent à avoir des enfants de choeur.
Voici ce que rapporte le poète St Fortunat dans la vie de l' Evêque de Paris, St Germain (mort en 576) au sujet d'un office auquel il a assisté, opposant la magnifique voix de basse de St Germain aux voix fraîches des enfants de la psalette
"D'un côté, l'enfant mêle sa voix douce et perçante, de l' autre le vieillard (St Germain) pousse de son gosier une voix large et éclatante....sur l'ordre du pontife, le clergé , le peuple et les enfants entonnent la psalmodie"
Le poète raconte qu'il y avait un enfant tout jeune soliste de 10 ans qui faisait courir le tout Paris de l'époque, surtout ecclésiastique, précise-t-il !
Le Pape Grégoire le Grand, mort en 604, eut l'idée de fonder à Rome la première école de chanteurs spécialisés dans le chant sacré. C'est ce même pape qui, devant un répertoire musical d’excellence, riche et varié, organisa la mise en place d’une tradition unique à laquelle il laissa son nom : "le chant grégorien". Il fondera la Schola Cantorum qui sera le modèle de nombreuses écoles à travers toute l'Europe. Ainsi naquirent Canterbery, Metz,...et tant d’autres, Metz, qui allait jouer un rôle important dans la création de la Maîtrise de Lyon
3. La création de la Maîtrise de Lyon
Leidrade, né en Bavière et ami de Charlemagne est élevé en 798 sur le siège primatial de Lyon.. Esprit intelligent, il développa un zèle méritoire pour remettre de l’ordre dans l’ Eglise de Lyon. Il va déployer une énergie prodigieuse pour restaurer les édifices, les mœurs, la discipline et l’enseignement. La réorganisation du culte et des études fut son souci principal comme en témoigne la lettre écrite vers 810 à l’Empereur.
"C'est pourquoi votre piété s'est fait un devoir et un plaisir de m'accorder, sur ma demande, un clerc de l’Eglise de Metz. Grâce à lui...l'ordo psallendi a été restauré. J’ai des écoles de chantres, et plusieurs d’entre eux en savent assez déjà pour instruire les autres". C’est vraiment la charte de fondation de la Maîtrise de la Primatiale par Leidrade. Il ne faisait qu’appliquer le Capitulaire d' Aix-la-Chapelle de 789 indiquant : "que les enfants apprennent les psaumes, le solfège, le chant, le calcul et la grammaire dans tous les monastères et les évêchés."
Dès lors, les chapitres entretinrent des enfants (environ 10) appelés Pueri Chori, ou Pueri Chori in Albis. Issues des écoles épiscopales ou cathédrales entre le XI° et XIV° siècle, les maîtrises vont fleurir dans l'Europe occidentale. Elles joueront un rôle primordial dans l’enseignement musical au Moyen-Âge, à la Renaissance et ce, jusqu'à nos jours, excepté en France, où la Révolution leur donnera un coup d’arrêt, fatal pour beaucoup d’entre elles.
4. L’organisation, le fonctionnement et les services
La création d’une école relevait de la volonté d’assurer un service liturgique de qualité nécessitant la formation de jeunes garçons. Mais aussi, ce lieu préparait ce recrutement de futurs clercs aptes à la même fonction.
4.1 Les effectifs
Au départ, le nombre d'enfants est restreint. Celui-ci peut paraître faible, mais à cette époque, le choeur des chanoines est un enclos de hautes stalles. Presque toutes églises possèdent un jubé donnant l’impression d’une petite église à l’intérieur. A la cathédrale, le jubé a disparu lors de la Révolution.
- à Lyon, les statuts de 1251 et 1337 parlent de 10 petits clercs.
Les statuts de 1352 solennellement approuvés et promulgués par le pape Innocent VI, en vertu d'une bulle datée d'Avignon, la première année de son pontificat précisent : « Comme il est difficile et presque impossible à qui que ce soit d'apprendre l'office et les cérémonies de notre Eglise, s'il n'y a pas été formé dès les premières années, nous statuons et ordonnons que douze enfants soient entretenus aux dépens de ladite église pour y être petit clerc ».
4.2 La sélection
Compte tenu du nombre restreint de garçons, le choix était l'objet de beaucoup de soins. Souvent l' Evêque et le chapitre procèdent au recrutement des enfants, le Maître des enfants se contentant de proposer les chanteurs. Il n'appartenait pas au manécant de les admettre de sa propre autorité : le chapitre se réservait cette nomination. Parfois, on désigne à l'avance ceux qui auront le privilège de choisir les enfants. En 1380, il est décidé que la première nomination appartiendrait au précenteur, la seconde au trésorier.
A Lyon, le plus ancien statut de 1175 nous renseigne :
« Nous statuons et ordonnons que chaque année, on choisisse dix petits clercs qui servent dans les églises de Saint Jean et Saint Etienne, et qui soient aptes à ce service »...
Dans les statuts de 1352, cités plus haut : « nous voulons et ordonnons que l'on choisisse des enfants qui aient aptitudes de l’esprit et agréments du corps (ut apti et formosi pueri assumantur). ».
Le chapitre ne négligeait pas la question de la capacité des enfants qu'on lui présentait. Il sous-entend toujours que l'enfant est capable (acte capitulaire du 12 Novembre 1412).
En même temps, c'était à ce moment que l'on prenait des renseignements sur l'origine de ces enfants, leur niveau d'instruction. On voulait les voir, on les faisait chanter, on tenait à constater, de visu et auditu, leurs aptitudes aux fonctions qu'ils auraient à remplir.
Un véritable système se met en place comprenant trois catégories de clergeons
-ceux qui avaient une expectative (ceux qui attendent)
-les externes
-les "douze " comme on les appelle, qui sont pensionnaires dans une école tenue aux dépens du chapître. Il sont "de gremio ecclesiae", c'est à dire partie intégrante du corps de l’Eglise. Ceci pour les distinguer des autres.
Un acte du 8 novembre 1680 dit encore la même chose
« Le chantre est allé à la Manécanterie pour faire chanter et examiner les clergeons du nombre de douze qui doivent sortir la présente année, et ceux à mettre à leur place, et les petits enfants postulants pour recevoir l'habit de l’Eglise ».
4.3 La vie collective
Dès lors qu'un enfant a été sélectionné, il intègre le groupe et va habiter dans la manécanterie. Les conditions de vie sont quelquefois sévères. Elle est organisée par le Maître qui doit veiller aussi bien aux conditions d'hébergement, d'habillement et de nourriture qu'à l'instruction. Pour cela, la Manécanterie est rattachée au Chapître et perçoit des bénéfices. Chaque chanoine prend en charge un petit clergeon.
Pour des enfants, et même des préadolescents, les repas sont souvent légers ; la viande y était rare et faisait l'objet de dépenses exceptionnelles. Heureusement, il y avait les fêtes, comme les Saints Innocents, pour lesquelles quelques bienfaiteurs amis donnaient des friandises.
Pour les sorties, les enfants étaient habillés de robes comme les clercs (rouges ou violettes), avec pour coiffure le bonnet carré.
A Lyon, en 1633, dans l'inventaire lors du changement d'économe on trouve deux grandes tables de bois de chêne sur des tréteaux de sapin, une grande armoire de chêne avec dix-huit buffets séparés où chaque enfant plaçait son linge et ses vêtements, cinq bancs de sapin, un pupitre où l'on mettait le livre de chant des recordations*, dans le dortoir douze lits avec paillasses.
4.4 Les offices
Le but ultime du regroupement et de l’instruction des enfants est évidemment la liturgie. Les actes musicaux sont intégrés dans un calendrier qui rythme la vie et que les cloches se chargent d'annoncer. Les enfants participent aux offices. A cette époque, la cathédrale est le lieu du chant. Les offices occupent une grande place dans les cathédrales, à l’égal des monastères. L'office quotidien comprenait au Moyen-Âge : Matines et Laudes, les Petites Heures, Trois Messes chantées, Vêpres et Complies, et enfin l'Office des morts.
Les enfants participent à tous les offices, même de nuit,.A Lyon, les clergeons remplissaient l'office d'acolytes, office qui réclamait une bonne voix et une bonne mémoire pour chanter ce qui y appartenait dans les messes de vigiles et des féries. Ils reçoivent quelques deniers pour ce service.
Pendant les offices, les clergeons portent la chape en hiver, le surplis en été.
(Voici la part qui revenait au clergeons dans l'office divin à Lyon.
Ils assistaient aux matines en plus ou moins grand nombre, peut-être les deux seuls semainiers pour les jours ordinaires, tous pour les grandes fêtes. L'un des semainiers, celui qui était du côté de la grande semaine imposait la première et la troisième antienne de chaque nocturne et chantait le verset. La première, la troisième et la cinquième antiennes de laudes lui revenaient aussi, les autres relevant du second semainier. Puis le clergeon de la grande semaine allait commander l'Antienne de Benedictus à l'officiant qu'elle concernait.
L'Ordinaire de Saint-Paul décrit ainsi cette cérémonie : « Dès qu'il a achevé le verset, le petit clerc monte dans les hautes stalles jusque vers le Prêtre qui a dit l'invitatoire, et il lui commande humblement et il lui chante le commencement de l’Antienne». Aux grandes fêtes, toutes les antiennes étaient ainsi commandées par les clergeons.
Tous les petits clercs n'assistaient pas à la messe qui se chantait après les laudes, mais ils étaient au complet à la messe de la Croix, que l'on appelait aussi messe des enfants.
A la grand’messe canoniale, les clergeons se réunissaient au milieu du choeur pour chanter la strophe "O salutaris hostia" après l'élévation. Les actes capitulaires gardent trace de la lettre par laquelle Louis XII introduisit cette coutume en France. Au reçu de la missive royale, le Chapitre , en date du 15 Juin 1512, ordonna qu'une procession générale se ferait le lendemain et qu'on chanterait « O salutaris Hostia » à toutes les messes hautes après le Sanctus.
Les enfants chantaient le Benedicamus Domino à l'office de Vêpres.
Une fonction des petits clercs consiste à faire le « murmure », sorte de petit sifflement qui indiquait à un clerc qu’il était entré après le délai réglementaire, et devait donc se retirer aussitôt ! S’il refusait, on interrompait l’office jusqu’à ce qu’il fût sorti !
La multiplicité des offices et leur longueur imposaient aux enfants une véritable fatigue. Il est à remarquer qu'ils n'avaient ni bancs, ni stalles. Leur immobilité était pourtant proverbiale. Ils étaient nu-tête, sauf si l'eau gelait dans le bénitier : ils pouvaient se couvrir de leur capuchon.
4.4 Les processions
Lors de la grand'messe se déploient toutes les splendeurs de la liturgie lyonnaise. Le clergé des Eglises de St Just, St Paul et St Thomas est venu se joindre à celui de l’Eglise-Mère.
Il existait d'autres processions, comme celles des rogations ou de la Fête-Dieu.
Le lundi de Pâques, le clergé des trois églises monte sur les tours et les galeries de St Jean. De son côté la collégiale de Fourvière se rend sur la terrasse qui est proche du sanctuaire. Une scène vraiment grandiose se passe alors. Le chant de l’O Filii et filiae retentit tout à coup dans les airs. Cet usage a disparu parce qu'un clergeon de l' Ecole Cathédrale était tombé des galeries et s'était tué sur le parvis !
Ce régime sévère est un peu tempéré par des fêtes extraordinaires durant lesquelles les enfants bénéficiaient d'avantages. Par exemple, à Lyon, lors des visites des églises, partout la table était mise et garnie de fruits et de gâteaux. La fête des saints Innocents, la fête des merveilles, toutes les fêtes populaires s'accompagnaient d'éléments religieux. Les clergeons participaient aux réjouissances.
Pour la fête des Saint Innocents, tout un cérémonial particulier prenait place dans la liturgie. Il y eut même des abus que l'on se chargea de réprimer.
4.5 L’enseignement
En général, les enfants sont sous la conduite de deux maîtres : l'un pour l'enseignement de la grammaire, l'autre pour l'enseignement du chant. A Lyon, les enfants sont sous la responsabilité du Précenteur, qui a, à côté de lui, un sous-maître. On les confie à l' Econome qui se charge bien entendu de tout ce qui est matériel, mais qui est assisté d'un précepteur pour l'enseignement de la grammaire et d'un manécantant pour l'enseignement du chant.
Pour les offices, les clergeons sont sous la responsabilité du "Maître des enfants". Ils apprennent auprès de lui les répétitions, les recordations des pièces de chants qu'ils avaient à exécuter au choeur. La coutume de la recordation était ancienne et caractéristique de l’ Eglise Primatiale. La coutume de chanter de tête l'office presque en entier nécessitait un grand travail de mémoire. Ainsi, dans les plus anciens statuts, on trouve ces prescriptions : « Chaque jour, un des maîtres, doit tenir pour les enfants la recordation. Et quand ils ont appris répons et antiennes, il doit corriger ceux qui ont manqué en quelque chose, puis inviter les autres à ne rien faire d’où ils aient lieu d’encourir ou de subir une punition ».
Le statut de 1352 (Lyon) attribuait ’’deux maîtres pour apprendre la grammaire et l'art du chant’’.
Les bénédictins de St Maur, qui ont publié un « Voyage littéraire » en 1715, ont visité Lyon : « On ne sait là ce que c’est que la musique ; mais le plain chant, qui se chante par cœur, est si grave et si beau, qu’il n’y a point de musique qui en approche. Il enlève tous ceux qui l’entendent ».
4.6 La promotion sociale
L'appartenance à la Maîtrise était une promotion sociale importante, dans la mesure ou un enfant échappait aux durs travaux de l'époque. Il avait de grande chance de devenir clerc et d'avoir ainsi un avenir assuré. Ce point est assez connu, même en dehors des considérations musicales. Les stalles hautes et basses jouent un rôle pour la vision mais aussi donnent une idée de la hiérarchie.
Ce qui importe avant tout, c'est que chaque génération transmette à celle qui lui succède un glorieux passé dont on devait être digne. Voici un règlement du 5 février 1556 :
« Nous, Doyen et Chapître de l’Eglise primatiale et Comtes de Lyon, à tous ceux qui verront les présentes, nous voulons faire savoir, ad perpetuam rei memoriam, que la remarquable antiquité, la gravité reconnue et la vénérable sainteté de l’Eglise dont nous sommes les serviteurs, sous la tutelle du saint-Siège apostolique...nous osent une puissante invitation à y servir le Seigneur très bon et très grand, comme ont fait nos prédécesseurs, par un culte assidu... ».
4.7 Une rupture de la tradition.
Contrairement à toutes les autres maîtrises, celle de Lyon a maintenu la tradition du plain chant jusqu’au milieu du XIX° siècle. Je n’ai donc pas parlé du répertoire car il était le répertoire traditionnel de l’Eglise depuis plusieurs siècles.
Le 14 février 1841, Mgr de Bonald consacra dans l’église primatiale Mgr Rossat, évêque élu de Gap. Pour la première fois, on introduisit un orgue dans le chœur. Il appela Danjou, organiste de St Eustache pour former le chœur de la Cathédrale : son idée était d’améliorer l’exécution du plain chant et de faire chanter les offices en faux-bourdons avec accompagnement d’orgue, par un grand nombre de voix. Le répertoire va dès lors s’élargir considérablement avec Palestrina, mais aussi Orlando di Lasso, puis les grands noms de la musique avec l’un des maîtres de chapelle les plus importants, Mgr Stanistas Neyrat : Haydn, Mozart, Gounod… La Maîtrise connaîtra des moments glorieux, particulièrement entre les deux guerres sous la direction du Père Lachassagne. Elle ira chanter ’’Jeanne d’Arc au bûcher’’ au Victoria- hall de Genève ;
4.8 Aujourd’hui
Depuis plus de 30 ans, une nouvelle page s’écrit. C’est une véritable renaissance et une transformation en école maîtrisienne qui, en plus du service liturgique, conduit la maîtrise à monter des grandes œuvres du répertoire et à faire connaître la musique française sur tous les continents. Mais ce serait là l’objet d’une autre conférence.
Conclusion
Les maîtrises auront été pendant tout le Moyen-Âge, et bien au-delà des structures de formation remarquables, mais élitistes. En effet, la vie y était dure, et les exigences grandes. En ce sens, elles sont exemplaires, car la musique n'était jamais une fin, mais le moyen de louer Dieu comme le réclament les psaumes. On était très attaché à la formation morale de ces jeunes garçons, puisqu'on les destinait aux hautes fonctions ecclésiales Elles auront permis la création de tout le grand patrimoine de la musique sacrée, illustré par les plus grands noms de la musique.
Jean-François Duchamp
Maître de Chapelle de la Primatiale de Lyon
Illustration musicale : O Mundi Domina : Nicolas Bernier ( Mantes la Jolie 1665- Paris 1734)
